Stratégie nationale de l’ESS :
quelles ambitions pour l’économie sociale et solidaire à l’horizon 2030 ?
L’économie sociale et solidaire (ESS) occupe une place importante dans le paysage économique français. Associations, coopératives, mutuelles, fondations et entreprises de l’ESS participent au développement des territoires, à la création d’emplois et à la mise en œuvre de solutions répondant à des enjeux sociaux, économiques et environnementaux. Pour accompagner cette dynamique et renforcer la reconnaissance de ce modèle économique, une nouvelle étape vient d’être franchie avec l’adoption de la première Stratégie nationale de développement de l’ESS (SNESS).
Adoptée le 9 juillet 2026 par le Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire (CSESS), cette feuille de route doit définir les grandes orientations de l’action publique en faveur de l’ESS à l’horizon 2030. Elle vise notamment à mieux structurer l’action des pouvoirs publics et à créer un environnement plus favorable au développement des acteurs de l’économie sociale et solidaire.
Mais cette adoption s’est déroulée dans un contexte particulier. Si la mise en place d’une stratégie nationale constitue une avancée importante pour le secteur, le vote a été marqué par 42 abstentions, contre seulement 8 voix favorables. Une situation qui traduit les interrogations d’une partie des représentants de l’ESS quant aux moyens qui seront réellement consacrés à la mise en œuvre des ambitions affichées.
Alors, que prévoit cette Stratégie nationale de l’ESS ? Quels sont ses principaux axes d’action ? Et quels enjeux représente-t-elle pour les acteurs de l’économie sociale et solidaire et, plus particulièrement, pour les coopératives ?
Une première stratégie nationale pour donner un nouvel élan à l’économie sociale et solidaire
Une stratégie nationale de l’ESS construite autour d’une ambition à l’horizon 2030
L’adoption de la Stratégie nationale de développement de l’ESS constitue une étape importante pour l’économie sociale et solidaire en France. Pour la première fois, une feuille de route nationale est consacrée au développement de ce modèle économique et doit permettre de mieux structurer l’action des pouvoirs publics jusqu’en 2030.
Cette démarche s’inscrit dans une volonté de mieux reconnaître le rôle joué par les acteurs de l’ESS dans l’économie française. L’objectif est notamment de créer un environnement plus favorable au développement des structures de l’économie sociale et solidaire, en tenant compte de leurs spécificités et de leur contribution aux territoires.
L’ESS rassemble en effet des organisations aux statuts et aux activités variés, mais qui partagent une même volonté de placer l’utilité sociale, la coopération et l’intérêt collectif au cœur de leur fonctionnement. Les associations, coopératives, mutuelles, fondations et entreprises de l’ESS interviennent ainsi dans de nombreux domaines de la vie économique et sociale.
À travers cette stratégie nationale, l’enjeu est donc de donner davantage de visibilité à ce modèle et de favoriser son développement dans les prochaines années. L’horizon 2030 doit permettre d’inscrire cette dynamique dans la durée et de mieux intégrer l’économie sociale et solidaire aux politiques publiques qui accompagnent les transformations économiques, sociales et environnementales.
Des priorités pour renforcer le développement des acteurs de l’ESS
La Stratégie nationale de l’ESS repose sur une ambition forte : permettre à l’économie sociale et solidaire de prendre toute sa place dans les grandes transformations qui façonnent la société. La feuille de route entend ainsi reconnaître la contribution des acteurs de l’ESS aux transitions économiques, sociales et environnementales, tout en favorisant leur développement et leur pérennisation.
Pour les structures concernées, l’enjeu est notamment de bénéficier d’un environnement plus favorable à leur activité. Leur accès aux financements, leur capacité à se développer, à innover et à créer de l’emploi constituent autant de sujets essentiels pour renforcer leur impact dans les territoires.
La SNESS s’articule ainsi autour de cinq grands axes stratégiques. Elle comprend au total 28 orientations, 108 actions et 10 indicateurs de suivi destinés à mesurer les progrès réalisés d’ici 2030.
À retenir :
les 5 axes de la Stratégie nationale de l’ESS
- Renforcer la gouvernance de l’ESS
La stratégie vise à renforcer la place de l’économie sociale et solidaire dans l’action publique et à améliorer la coordination entre les différents acteurs, notamment à l’échelle nationale et territoriale. L’objectif est de favoriser une mise en œuvre cohérente de la stratégie et de mieux prendre en compte les spécificités de l’ESS dans les politiques publiques.
- Faciliter l’investissement dans les structures de l’ESS
L’accès aux financements et à l’investissement constitue un enjeu majeur pour le développement des structures de l’économie sociale et solidaire. La stratégie entend notamment s’appuyer sur des dispositifs comme l’agrément ESUS et la finance solidaire afin de faciliter le financement des projets à forte utilité sociale et environnementale.
- Mobiliser l’ESS pour accompagner les grandes transitions
Les acteurs de l’ESS sont appelés à jouer un rôle important face aux transformations économiques, sociales et environnementales. La stratégie prévoit notamment de soutenir leur contribution dans des secteurs et filières stratégiques tels que l’économie circulaire, l’alimentation durable, le tourisme social ou encore la culture.
- Promouvoir l’économie sociale et solidaire en France
Cet axe vise à renforcer la visibilité et la reconnaissance de l’ESS auprès du grand public, des entrepreneurs et des différents acteurs économiques. Une meilleure connaissance des spécificités de ce modèle doit permettre de valoriser davantage sa contribution au développement économique et territorial.
- Renforcer le rayonnement de l’ESS à l’international
Enfin, la stratégie entend valoriser le modèle français de l’économie sociale et solidaire au-delà des frontières. Il s’agit notamment de développer les échanges et de promouvoir les savoir-faire liés aux modèles économiques fondés sur la coopération et l’utilité sociale.
Ces cinq axes montrent que la Stratégie nationale de l’ESS ne se limite pas à reconnaître l’importance du secteur. Elle entend également créer les conditions nécessaires à son développement, en agissant à la fois sur la gouvernance, le financement, les transitions et la visibilité des acteurs de l’économie sociale et solidaire.
La réussite de cette feuille de route dépendra toutefois de sa capacité à se traduire par des actions concrètes. Une stratégie nationale ne peut en effet produire pleinement ses effets que si les acteurs disposent des moyens nécessaires pour mettre en œuvre les orientations définies et développer durablement leurs projets.
Les coopératives, des acteurs pleinement concernés par cette nouvelle feuille de route
Parmi les acteurs directement concernés par cette nouvelle stratégie figurent les coopératives. Elles constituent une composante majeure de l’économie sociale et solidaire et reposent sur un modèle qui place la coopération, la participation et la gouvernance collective au cœur du fonctionnement de l’entreprise.
Le modèle coopératif permet ainsi d’entreprendre autrement, en donnant une place importante aux personnes qui participent au projet collectif. Selon leur forme juridique et leur organisation, les coopératives peuvent notamment permettre à leurs membres de prendre part aux décisions et de contribuer directement à la gouvernance de la structure.
Cette approche rejoint les grands principes de l’ESS : favoriser une économie davantage tournée vers l’humain, la coopération et la création de valeur collective. Les coopératives jouent également un rôle important dans les territoires, en proposant des solutions adaptées aux besoins locaux et en favorisant le maintien d’une activité économique au plus près des populations.
Pour les professionnels qui souhaitent développer leur activité dans un cadre collectif, les modèles coopératifs peuvent ainsi représenter une véritable opportunité. Ils permettent notamment de mutualiser certaines ressources, de bénéficier d’un accompagnement et de ne pas rester seul face aux nombreuses obligations liées à la gestion d’une activité professionnelle.
Une stratégie nationale de l’ESS adoptée, mais qui soulève déjà des interrogations
Un vote marqué par 42 abstentions au Conseil supérieur de l’ESS
L’adoption de la Stratégie nationale de développement de l’ESS s’est accompagnée d’un résultat qui a particulièrement retenu l’attention. Lors du vote organisé le 9 juillet 2026 au sein du Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire, 8 voix favorables ont été enregistrées, tandis que 42 représentants ont choisi de s’abstenir.
Ces abstentions ont notamment été portées par les représentants de l’ESS réunis au sein d’ESS France, mais également par des représentants des collectivités territoriales, des partenaires sociaux et des personnalités qualifiées. Les représentants de l’État ont, quant à eux, voté en faveur de la stratégie.
Cette situation peut sembler paradoxale : comment expliquer qu’une stratégie présentée comme une avancée importante pour l’économie sociale et solidaire soit adoptée avec un nombre aussi élevé d’abstentions ?
La réponse se trouve principalement dans le décalage perçu entre les ambitions de la feuille de route et les moyens annoncés pour permettre sa mise en œuvre. Les acteurs de l’ESS ne remettent pas nécessairement en cause l’intérêt du texte ou la nécessité d’une stratégie nationale. Leur abstention vise plutôt à alerter sur les conditions nécessaires pour que cette stratégie puisse réellement produire les effets attendus.
Des ambitions qui doivent désormais s’accompagner de moyens
La question des moyens apparaît ainsi comme l’un des principaux enjeux de la Stratégie nationale de l’ESS. Pour les représentants du secteur, les ambitions affichées doivent être accompagnées de ressources suffisantes et cohérentes afin de permettre aux acteurs de l’économie sociale et solidaire de développer leurs projets.
Coop FR, qui représente les entreprises coopératives françaises, a notamment salué le travail réalisé avec les pouvoirs publics ainsi que l’ambition générale du texte. L’organisation regrette toutefois que certaines propositions structurantes, comme la création d’un fonds dédié à la transmission des entreprises en coopérative, n’aient pas été retenues.
L’abstention s’explique également par les annonces budgétaires formulées par le Gouvernement quelques heures avant le vote. Selon Coop FR, celles-ci sont apparues en décalage avec les ambitions portées par la nouvelle stratégie.
Cette situation met en lumière un enjeu essentiel pour les prochaines années : au-delà de la reconnaissance institutionnelle de l’économie sociale et solidaire, les acteurs du secteur attendent désormais des mesures concrètes et un accompagnement durable.
Quel avenir pour l’ESS et les acteurs de l’économie sociale et solidaire ?
Avec l’adoption de cette première Stratégie nationale de développement de l’ESS, l’économie sociale et solidaire dispose désormais d’une feuille de route nationale qui doit guider son développement jusqu’en 2030. Cette reconnaissance constitue une étape importante pour un secteur qui rassemble de nombreux acteurs et qui participe activement à la transformation de l’économie et des territoires.
Les prochaines années permettront de mesurer la capacité de cette stratégie à se traduire dans les faits. Le développement de l’ESS passera notamment par la capacité à accompagner les structures existantes, à faciliter la création et la reprise d’activités, à favoriser l’accès aux financements et à soutenir les initiatives qui répondent aux enjeux sociaux et environnementaux.
Pour les coopératives, cette nouvelle stratégie représente également une occasion de rappeler la pertinence d’un modèle économique fondé sur la coopération et la mutualisation. Dans un contexte où de nombreux professionnels souhaitent entreprendre différemment tout en conservant leur autonomie, les solutions coopératives peuvent contribuer à faire émerger de nouvelles formes d’organisation du travail et de développement de l’activité.
L’adoption de la Stratégie nationale de l’ESS constitue donc une première étape. Son véritable succès dépendra désormais de sa mise en œuvre concrète et des moyens qui lui seront consacrés. Pour les acteurs de l’économie sociale et solidaire, le défi est clair : transformer les ambitions affichées à l’horizon 2030 en actions concrètes et durables au service des entrepreneurs, des professionnels, des salariés et des territoires.
Dans cette dynamique, les modèles coopératifs peuvent eux aussi jouer un rôle important. En favorisant la mutualisation, l’accompagnement et la coopération entre professionnels, ils contribuent à faire vivre au quotidien les valeurs qui fondent l’économie sociale et solidaire.